Compter les morts

Clip + Streaming le 14 Mars 2025

Ces 50 dernières années en France, on a pu constater entre 10 et 15 citoyens par an qui ont trouvé la mort sous les coups des forces de police.

Il y a de nombreuses associations qui parlent de ce problème depuis des années, mais le phénomène est stagnant. Moi-même, je l’ai évoqué de manière artistique, à de nombreuses reprises, que ce soit sur disque ou sur scène et lors de manifestations publiques.

Le problème aujourd’hui est qu’on ne fait que des constats, que l’on ne se mobilise plus. Que sont devenus les grandes associations de défense de la population ? Les journaux et la télévision ne donnent qu’un son de cloche : si on meurt sous les coups de la police, on le mérite forcément d’après eux.

Peu importe le délit, peu importe la personne, peu importe d’où elle vient, peu importe ce qu’elle a dit, ce qu’elle a fait, un policier qui veut arrêter quelqu’un peut le faire de différentes manières sans tuer. On ne parle pas ici de terroristes avec des ceintures d’explosifs ou de miliciens armés qui envahissent les rues, mais de citoyens.

Même si ce citoyen en question a commis un délit, un crime, même s’il est vindicatif, un policier peut l’immobiliser sans le tuer. Quiconque prend des balles dans les jambes ne pourra plus se déplacer et sera interpellé, sans pour autant atteindre la mort.

Pourquoi tirer systématiquement dans le corps, la poitrine, la nuque, la tête, et même dans le dos sans sommations ?

Un audit sur la formation et le suivi des nouveaux policiers est primordial. Un policier qui panique dans une situation inhabituelle commet des drames. Pour lui, pour la victime, pour la famille de la victime, pour tout un quartier. Une grande remise en question est nécessaire.

La vétusté des commissariats et les conditions de travail d’un policier ne sont ni des excuses, ni des conditions logiques à ce que ces drames arrivent : les autres corps de métier sont bien plus exigeants sur la qualité de leurs salariés et n’hésitent pas à déclarer des fautes graves, peu importe la couleur des murs, la propreté des toilettes ou les pannes de micro-ondes et de machines à café.

Celui qui n’est pas fait pour un métier doit changer de métier. De lui-même ou par sa hiérarchie.

Ce n’est pas aux familles d’en pâtir.

Je parle ici de police, gendarmerie, mais l’univers carcéral a aussi son lot de drames.

Thibault, Baba, Sullivan, Adama, Steve, Nahel, Ibrahima, Enzo, Bouna, Zyed, Babacar, Larami, Moushin, Youcef, Cédric, Mohamed, Aboubacar, Souheil, Jawad, Zineb, Gaye, Rémi, Amadou, Loïc, Amine, Wissam, Lamine, Makomé, Aïssa, Malik… la liste est si longue.

Les hiérarchies couvrent et minimisent les faits, la justice manque curieusement de sévérité et les journalistes, éditorialistes, chroniqueurs et personnalités politiques applaudissent et défendent corps et âmes des policiers qui volent des vies aux familles.

Je devrais imprimer un livre si je m’étendais sur la sociologie de ce phénomène. Il suffit d’ouvrir les yeux sur les visages des victimes, sur leurs noms et sur les lieux où ils résidaient, pour se rendre compte que l’extrême majorité d’entre eux sont des hommes, d’apparence non-blancs et issus de quartiers populaires enclavés en périphérie des villes, là ou l’on construit des habitats collectifs, des tours et des barres d’immeubles depuis la fin de la seconde guerre mondiale, ces mêmes quartiers où les services publics sont en fuite.

Le match retour d’une rencontre qui avait commencé avec un match aller à l’extérieur, sur les continents africains, asiatiques et sur de très belles îles des océans atlantiques, pacifiques et indiens. On y avait déjà pris l’habitude de placer les autochtones au ban de la société et de les maltraiter, un premier acte pour peut-être tester les armes.

Compter les morts ne suffit plus.

Kiddam.

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