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Droit de réponse d’un civil (apparemment) bientôt en guerre

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Droit de réponse d’un civil (apparemment) bientôt en guerre

Après les deux tribunes de généraux et de militaires parues dans le magazine “Valeurs Actuelles” en date des 21 Avril 2021 et 9 mai 2021.

Deux textes en trois semaines. Deux textes évoquant des ressentis, sans aucune source, sans aucun chiffre, sans aucune mesure. Deux textes dignes de la météo, avec la température ressentie face à la température réelle mesurée. C’est historiquement la définition de la propagande.

La vision alarmiste des généraux

La première tribune commence en précisant que « l’heure est grave, la France est en péril, plusieurs dangers la menacent ». Justement non, le début de cette tribune ne précise rien, mais lance des poncifs évasifs imprécis. De quel péril parle t-on ? De quels dangers mortels parle-t-on ? C’est mystérieux, mais ça fait peur au lecteur, donc ça fonctionne. Dès le début, le lecteur est déjà apeuré. Il ne manque plus que les pop-corns, l’écran géant IMAX et le son spatial.

« Notre honneur tient aujourd’hui dans la dénonciation du délitement qui frappe notre patrie ». Encore une phrase vide et imprécise. Le pays devient poussière. Depuis quand ? Où ça ? De quelle manière ? Encore un coup de Thanos ?

On ne connait pas précisément l’état du pays, on ne nous a pas encore dit quelles sont les problèmes profonds, mais on commence à nous dévoiler les coupables de ce délitement nouveau : « un certain anti-racisme ». Finalement non, on ne parle pas de coupables, mais d’une certaine frange d’une pensée, d’un mouvement. Toujours rien de précis. Mais le coupable serait une philosophie qui combat le racisme. Racisme qui est un délit me semble-t-il.

Et que fait ce coupable indescriptible ? Il pose des bombes dans l’espace public ? Il organise des attaques à main armée sur les institutions ? Il agresse physiquement des populations ? Non ! Il « crée sur notre sol un mal-être ». Encore cette satanée température ressentie ! Celle qui rappelle le fameux « sentiment d’insécurité » des sondages qui sortent avant chaque élection.

Mais aussi « voire une haine entre communautés ». Quelles communautés ? Ca manque toujours de précisions. La communauté des cyclistes normands contre celles des véganes ardéchois ? On ne précise pas, pour que le ressenti du lecteur devienne sournoisement la haine d’une inventée communauté non-blanche contre une pseudo communauté blanche.

« A travers ces termes c’est la guerre raciale que veulent ces partisans haineux et fanatiques. Ils méprisent notre pays, ses traditions, sa culture, et veulent le voir se dissoudre en lui arrachant son passé et son histoire »

Si je n’ai rien raté au défilement de ce texte, nous étions sur la dénonciation d’un « certain antiracisme », mais nous voici subitement à lire une phrase qui concernerait les non-français, les étrangers, puisqu’il est question ici de NOTRE pays. Nous apprenons donc qu’en France, d’après les auteurs, aucun français ne se revendique de l’antiracisme.

Poursuivant dans les phrases imprécises : « Délitement qui, avec l’islamisme et les hordes de banlieue, entraîne le détachement de multiples parcelles de la nation pour les transformer en territoires soumis à des dogmes contraires à notre constitution ».

Je m’arrêterais ici sur « islamisme » et « hordes de banlieue », tellement la suite de la phrase relève d’une imbrication de mots sûrement jolis à sortir dans un oral de propagande douteuse mais sans fondements précis encore une fois.

Donc nous y sommes : le mot clé « islamisme » est lâché. Mais sans rien d’autre, une fois n’est pas coutume. Le lecteur s’y invente rapidement des images : le béret masculin d’un homme libre remplacé par le voile féminin d’une musulmane forcée, la baguette de pain du boulanger remplacée par un sac de viande de la boucherie halal. Et nous voilà en territoire grandement remplacé !

Et les « hordes de banlieue ». Dieu, quelle panique ! Allez donc en banlieue, voir si les bandits sont soudés. Pour qu’une pseudo-horde soit réellement dangereuse, elle doit être organisée et solidaire. La réalité, chers militaires à la retraite, c’est que les éléments les plus dangereux en banlieue sont des jeunes gens liés à des transactions illégales, et qu’ils s’entretuent. Ils n’ont aucun projet structuré d’insurrection sociale sur Paris et sur les centre-villes de France.

La suite du texte reste sur les mêmes paraphrases évasives sans sources ni chiffres, laissées à l’imagination calculée et prévisible du lecteur lambda du magazine Valeurs Actuelles.

Encore deux petites choses vicieuses sur lesquelles il est important de revenir : la citation du drame de l’assassinat de Monsieur Samuel Paty, encore une fois sans le nommer, est d’un mauvais goût abject. Puis, après avoir fait tant d’allusions à un islamisme prétendument ancré, retranscrire une citation issue d’un évêque et cardinal de l’église catholique, relève encore de la finesse de la manipulation du lecteur. Pourtant ne dénonçaient-ils pas plus tôt la haine entre communautés et la guerre raciale soi-disant voulue par l’antiracisme ?

Les mêmes qui défendaient également l’idée qu’« il suffit souvent d’appliquer sans faiblesse des lois qui existent déjà » pour sauver le pays. Toujours sans précisions, pensaient-ils à la loi de réquisition des logements vides pour les mal logés et SDF ? Au fait que les discriminations à l’emploi et au logement sont des délits ? Qu’un agent des forces de l’ordre suspecté de bavure doit être auditionné par des enquêteurs au même titre qu’un simple citoyen ? A la mise en examen des fraudeurs fiscaux ?

Ils ne devaient sûrement pas penser à ces sujets, qui ne sont pas des fléaux de notre société visiblement. Les vrais cancers du pays, ils les connaissent : ils vous les font ressentir comme une température sans jamais vous donner les noms et les chiffres précis. Imaginez vous-mêmes vos bouc-émissaires. Vous avez un indice : ils sont en hordes et en banlieue.

La vision confirmée des militaires

La seconde tribune n’est qu’une pâle copie de la première. Une confirmation par de plus jeunes militaires en fonction.

Ils y ont « subi les tentatives d’instrumentalisation de plusieurs communautés religieuses, pour qui la France ne signifie rien -rien qu’un objet de sarcasmes, de mépris voire de haine ». Plusieurs communautés religieuses, mais pas toutes ! Et elles se moquent de la France a priori. Encore trop évasive, cette affirmation m’interpelle. Mais quelles sont ces communautés religieuses, adeptes du stand-up comique et de l’instrumentalisation de jeunes militaires ? Je veux rencontrer ces gens ! J’aime l’inédit et la nouveauté ! Oui, j’essaye d’en rire tellement ce récit est pathétique pour qui sait lire avec du recul.

« Nous voyons la violence dans nos villes et villages ». Nous ne sommes donc tranquilles nulle part dans ce pays ? Les lecteurs de cette tribune ont du faire des cauchemars la nuit suivante.

Ensuite, voici venue le temps de la fameuse guerre civile prévisible, attendue, et relayée par tous les médias ces jours-ci : «  Car cette déchéance, nous l’avons vue dans bien des pays en crise. Elle précède l’effondrement. Elle annonce le chaos et la violence, et contrairement à ce que vous affirmez ici où là, ce chaos et cette violence ne viendront pas d’un « pronunciamento militaire » mais d’une insurrection civile». Plus loin : « Mais oui, de nouveau, la guerre civile couve en France et vous le savez parfaitement.»

Ce qui m’interpelle est l’utilisation de « de nouveau ». De quelles guerres civiles passées parle-t-on ici ? Les deux petits mois d’affrontements à Paris et ses alentours en 1871 ? C’est vrai que la Commune de Paris reste le cauchemar suprême des élites. Mais si lointain et si court. Non, les guerres civiles en France dont on nous parle ici sont des références aux Poilus de 1914-1918 dans les tranchées et des résistants de la Seconde Guerre Mondiale sous le régime de Vichy. Il ne s’agit donc aucunement de guerres civiles, mais d’une technique pour faire ingérer insidieusement au lecteur une panique immédiate sur ce que pourrait être un avenir proche en bas de chez lui : la guerre sanglante !

Dernière pépite de fin de tribune : « Tous nos aînés, ceux qui ont fait de notre pays ce qu’il est, qui ont dessiné son territoire, défendu sa culture, donné ou reçu des ordres dans sa langue, ont-ils combattu pour que vous laissiez la France devenir un Etat failli, qui remplace son impuissance régalienne de plus en plus patente par une tyrannie brutale contre ceux de ses serviteurs qui veulent encore l’avertir ? »

Au-delà de la construction de la phrase très brouillonne qui a sûrement fait disjoncter la majorité des lecteurs avant la moitié de la phrase, je retiens l’utilisation du « donné ou reçu des ordres dans sa langue ». Voudrait-on expliquer sournoisement ici que l’on entend pas que du français dans les rangs de l’armée en 2021 ? Allez savoir, c’est tellement évasif encore une fois.

De la vision des idéologies à la visibilité du terrain

Mais la réalité historique de ces dernières décennies, c’est que l’ouverture volontaire des robinets à stupéfiants et la circulation des armes blanches dans le pays sont les soupapes qui maintiennent une certaine paix sociale, aussi contradictoire que cela puisse paraître : pendant que les populations les plus pauvres et les plus ostracisées essayent de s’en sortir dans le commerce parallèle et au passage s’entretuent entre eux, jouent au chat et à la souris avec la police, remplissent les bancs des tribunaux et les cellules des pénitenciers, au moins elles ne s’organisent pas pour réclamer plus d’égalité, plus de droits civiques et n’investissent pas les sphères politiques locales et nationales. Elles n’organisent donc pas non plus d’attaques en bande organisée sur la capitale.

En conclusion, ces deux tribunes vous indiquent de ne pas vous inquiéter. La guerre civile va éclater prochainement, mais l’armée vous défendra. Et n’oubliez pas que ce sera de la faute du gouvernement en place, au cas où il y ait des élections qui approchent.

Deux élections majeures en 12 mois approchent à grand pas. Sûrement un hasard apolitique du calendrier.

Kiddam. (Civil non-armé bientôt en guerre… d’après un ressenti)

 

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